Peut-on guérir l’anxiété généralisée grâce à l’EMDR ? Qu’est-ce d’ailleurs que l’EMDR ? Est-ce une thérapie récente et potentiellement prometteuse ? Il est légitime de se poser la question, puisque l’anxiété généralisée est un trouble chronique dont le traitement est souvent complexe. A cet effet, démontrer l’efficacité de nouvelles thérapies pourrait permettre à ce trouble d’être mieux traité. Est-ce que l’EMDR pourrait être l’une de ces thérapies ? Découvrez justement dans cet article : 

  • Qu’est-ce que l’EMDR
  • Quels troubles soigne-t-elle
  • Son efficacité prometteuse sur l’anxiété généralisée 

Qu’est-ce que l’anxiété généralisée

Avant toute chose, il est utile de définir le trouble anxieux généralisé. En effet, selon l’American Psychological Association (APA, 1994), l’anxiété généralisée serait un trouble caractérisé par des inquiétudes excessives et difficilement contrôlables, se manifestant pendant plus de 6 mois. 

Par ailleurs, le trouble anxieux généralisé est un trouble qui se développerait majoritairement avant l’âge adulte. A cet effet, les personnes souffrant d’anxiété généralisée rapportent souvent qu’elles ont “toujours eu tendance à s’inquiéter ». Deux caractéristiques se retrouvent souvent dans le cas de ce trouble.  

Inquiétudes persistantes 

D’abord, l’anxiété généralisée est souvent caractérisée par des inquiétudes persistantes. Elles sont considérées comme excessives, dans le sens où leur prévalence est plus importante que chez la majorité des personnes. Les inquiétudes, dans le cadre d’un diagnostic d’anxiété généralisée, sont en effet considérées comme pathologiques. 

Selon Brennstuhl (2019), le trouble anxieux généralisé se définit principalement par des inquiétudes répétées à propos d’événements passés, ainsi que des appréhensions concernant des événements à venir.

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Ces inquiétudes sont souvent persistantes, incontrôlables, et demandent une énergie considérable pour être gérées. Lorsque l’on souffre de TAG, on souffre en quelque sorte d’un dérèglement de nos inquiétudes et pensées. 

Impact sur le fonctionnement général

Ensuite, l’anxiété généralisée se caractérise aussi par un impact lourd sur le fonctionnement général des personnes. Toujours selon l’APA en 1994, il s’accompagnerait souvent d’agitation, de fatigue, d’irritabilité, ou encore de troubles du sommeil. 

De plus, cette anxiété élevée accompagnée d’inquiétudes excessives, conduirait également à des difficultés de concentration et divers troubles cognitifs. L’anxiété généralisée peut alors avoir un impact sur le déroulement de la vie professionnelle, personnelle, et sociale. 

Souvent, l’anxiété généralisée conduit à un épuisement moral et psychologique, mais aussi physique. On relie aussi souvent ce trouble à la dépression, qui est une des comorbidités possible de ce trouble. 

Qu’est-ce que l’EMDR

Mais qu’est-ce que l’EMDR ? Derrière ce drôle de nom, se trouve une thérapie prometteuse dans le cadre du traitement de certains troubles. EMDR signifie à cet effet “Eye Movement Desensitization and Reprocessing”, c’est-à-dire désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires.

Derrière ce nom complexe, se situe une thérapie développée par Francine Shapiro dans les années 90. Cette thérapie, assez récente, trouve pourtant des applications dans divers troubles psychologiques. Dans cet article, nous étudierons majoritairement son application dans le TAG.

Thérapie développée par Shapiro

En effet, cette thérapie alternative est récente, à été développée par Shapiro, dans ces articles parus en 1989 et 1995. La particularité de cette thérapie est qu’elle consiste à demander au client de se focaliser sur du matériel perturbant : par exemple un traumatisme, une situation passée chargée émotionnellement.

Parallèlement à cela, la personne devra prêter aussi attention à un stimulus alterné donné par le thérapeute, prenant souvent la forme de mouvements oculaires ou d’autres formes de stimulation bilatérale.

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Afin d’encadrer l’exécution de sa thérapie EMDR, Francine Shapiro a ainsi développé un protocole en huit étapes, que les thérapeutes se doivent de suivre. Ce protocole s’inspire d’un modèle de traitement de l’information de cette même auteure. En résumé, l’EMDR est donc une thérapie centrée sur l’idée d’un stimulus alterné. 

Intégration des événements 

La thérapie EMDR est en effet guidée par le modèle de Traitement Adaptatif de l’Information de l’auteure elle-même (Shapiro, 1995). Selon ce modèle, les individus possèderaient un système chargé de l’intégration des expériences vécues au cours de leur vie. 

Cependant, dans certaines conditions où le stress serait trop important, comme dans le cas d’événements traumatiques par exemple, ce système se déséquilibrerait, entraînant ainsi une mauvaise intégration de cette expérience dans nos souvenirs. 

Selon ce modèle, ce serait ces expériences non intégrées, qui seraient à la source de divers troubles psychologiques, comme le stress post-traumatique entre autres. Découvrons justement ces applications dans le cadre de ce trouble.

1 – EMDR et stress post-traumatique

Avant de faire le lien entre EMDR et anxiété généralisée, il peut d’abord être utile de faire un détour par le stress post-traumatique. En effet, la thérapie EMDR a initialement été développée par Shapiro en tant que traitement de l’état de stress post-traumatique. 

Elle a été développée, à son origine, pour répondre à ce trouble-là. Cependant, certaines études commencent à démontrer, depuis quelques années, son utilité potentielle pour d’autres troubles psychologiques de diverses natures. Concentrons-nous d’abord sur le stress post-traumatique. 

Le stress post-traumatique

Le syndrome de stress post-traumatique, est un trouble qui apparaît suite à un ou plusieurs événements traumatisants et extrêmement fragilisants pour la personne. Ces événements violents, soudains et imprévisibles, peuvent alors conduire à cet état. 

Ces événements traumatisants peuvent être des attentats, agressions sexuelles ou physiques, accidents, catastrophes naturelles, décès soudains, ou tout type d’événement perçu comme traumatisant pour une proche.

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A noter qu’il est possible que face à une même situation, par exemple un décès ou une catastrophe, deux personnes réagiront souvent différemment. Si une personne développera un état de stress post-traumatique, la seconde n’en développera peut-être pas. 

Bienfaits sur le traitement du SPT

L’état de stress post-traumatique peut être caractérisé par une anxiété aiguë, ainsi que d’autres troubles cognitifs et émotionnels, mais aussi par des réminiscences sous formes de flashs traumatisants. 

Ces flashs rappellent la situation traumatisante, que les personnes souhaitent pourtant oublier. En ce sens, le traitement de l’événement traumatisant, dans notre mémoire, a peut-être été altéré, ce qui conduirait à ces réminiscences. 

Le traitement EMDR pourrait ainsi agir sur cela. En effet, l’EMDR permettrait de réactiver le système naturel de traitement de l’information, et de faciliter la résolution adaptative de l’événement potentiellement déformé. Cependant, l’EMDR pourrait également aider pour d’autres troubles.

2 – EMDR et anxiété généralisée

Quel pourrait être le lien entre thérapie EMDR et anxiété généralisée ? La thérapie de Shapiro pourrait-elle aider à traiter et diminuer les symptômes de l’anxiété généralisée ? Pour cela, il est d’abord utile d’étudier les traitements habituels de l’anxiété généralisée. 

En effet, l’anxiété généralisée est souvent un trouble difficile à soigner, tant il a des causes et facteurs complexes. C’est un trouble chronique, s’inscrivant dans un terrain anxieux, ainsi que des expériences fragilisantes et extrêmement stressantes, qui l’ont provoquée. 

En ce sens, on peut le rapprocher de l’état de stress post-traumatique, qui lui aussi, est causé par des événements traumatisants ou violents. Cependant, ici, l’anxiété généralisée est un trouble que l’on soigne souvent grâce aux TCC. 

Traiter l’anxiété généralisée

L’anxiété généralisée est effectivement souvent traitée par les TCC, qui désigne les Thérapies Cognitivo-Comportementales. Ces thérapies sont centrées sur la restructuration cognitive, le travail sur les croyances dysfonctionnelles, ainsi que l’apprentissage de la relaxation.

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En général, les TCC produisent des effets positifs sur les personnes souffrant d’anxiété généralisée. Cependant, les études ne sont pas toujours probantes, et l’effet des TCC peut parfois être variable. 

Associé à ce type de thérapie, les professionnels de santé vous conseilleront aussi de traiter votre trouble par des médicaments, comme les anxiolytiques ou antidépresseurs. Ces traitements auront parfois des effets néfastes sur votre santé mentale et physique. Que faire face à cela ? 

Emdr et anxiété généralisée 

Bien que l’EMDR soit un traitement conçu pour l’état de stress post-traumatique, de plus en plus d’études analysent son efficacité possible dans le traitement d’autres troubles et conditions psychologiques. 

Cependant, jusqu’au début des années 2000, aucune étude n’avait pourtant abordé l’utilisation de l’EMDR dans le traitement du trouble anxieux généralisé. Il était alors impossible de déterminer avec certitude si cette thérapie était effectivement efficace, ou non.

Face à ce manque d’études dans la thématique, Gauvreau et Bouchard ont ainsi conduit une étude en 2010 pour analyser le lien entre EMDR et anxiété généralisée. Leur idée était de déterminer si l’EMDR pourrait aider à réduire les symptômes du TAG de manière significative. 

3 – Des résultats prometteurs sur le TAG

Cette étude de Gauvreau et Bouchard (2010) est donc l’une des premières analysant le lien entre le traitement par l’EMDR et la guérison de patients atteints d’anxiété généralisée. Quatre patients ont participé à cette étude.  

Le nombre de patients est faible, en effet, mais cette étude n’est que préliminaire, et devra être explorée par d’autres études ultérieures. Vous remarquerez cependant, certains résultats tout de même prometteurs, même sur cet échantillon. 

L’une des premières études sur le sujet

Les résultats de l’étude montrent que l’EMDR aurait une efficacité significative sur le trouble anxieux généralisé, et aurait ainsi une utilité dans son traitement. En général, il fallait 12 à 15 séances d’EMDR pour que les patients s’améliorent de façon durable et significative.

Cependant, il est important de noter que cette amélioration dépendait des caractéristiques des patients. Il y avait de meilleurs résultats sur le TAG lorsque l’on ne souffrait que du TAG et d’aucun autre trouble associé. 

Par contre, lorsque le TAG était associé à la dépression, au trouble obsessionnel compulsif ou à d’autres troubles dont la personne souffrait également, l’efficacité de la thérapie était atténuée et demandait plus de séances. De plus, il y avait toujours un résidu de ces troubles-là à la fin du suivi de thérapie EMDR. 

Bienfaits de l’EMDR sur le TAG

Cette étude a ainsi pu montré des effets positifs que l’EMDR pouvait avoir sur le trouble anxieux généralisé. En effet, le traitement à base de séances répétées d’EMDR a permis aux personnes de traiter certains événements passés. 

Ces événements sont effectivement supposés être des facteurs contribuant au développement de troubles anxieux, comme l’anxiété généralisée plus particulièrement. De plus, l’EMDR a permis aux personnes de traiter des situations redoutées actuellement, et celles redoutées à l’avenir. 

Les auteurs sont venus à la conclusion que les personnes avaient réussi à intégrer émotionnellement les événements, et à éliminer les inquiétudes excessives et l’anxiété associée. L’EMDR aurait donc des effets prometteurs sur l’anxiété généralisée.  

4 – Quelques limites potentielles…

Attention cependant à certaines limites, que je me dois de rajouter. Cette étude est l’une des premières, car l’EMDR est une thérapie très récente. Les études à son sujet sont moins nombreuses dû à cela. Il est donc nécessaire de pointer certaines limites. 

Même si l’étude que je vous ai présentée montre des résultats positifs et significatifs, elle n’a été effectuée que sur une population en particulier. A cet effet, on ne peut donc pas être sûr que cet effet soit répliqué sur une population différente. 

Essai sur peu de patients

D’abord, il est important de noter le fait que seulement 4 participants ont fait parti de l’étude. A cet effet, l’échantillon est assez faible, et lors d’études ultérieures, nous ne sommes pas sûrs à 100% de pouvoir répliquer les mêmes résultats. 

De plus, il est toujours utile d’ajouter que les caractéristiques personnelles et individuelles peuvent également entrer en jeu. Certaines personnes auront une amélioration potentiellement plus rapide que d’autres. Cela dépendra aussi de la durée du trouble anxieux généralisé, qui prendra plus ou moins de temps à être guérir, selon s’il est présent depuis quelques mois ou plusieurs années.

Essai sur peu de temps

Par ailleurs, les auteurs ont suivi les participants sur 2 mois, ce qui est une durée assez courte pour effectuer une étude. Bien que l’étude ait montré des résultats prometteurs, il serait utile de suivre à l’avenir, des participants sur une plus longue durée.

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Ce suivi permettrait, en effet, de voir si le symptômes du trouble anxieux généralisée reviennent, si oui, lesquels et dans quelle mesure. Ainsi, nous pourrions étudier l’évolution plus globale du trouble. Pour résumer, l’EMDR est une thérapie qui pourrait vous aider si vous souffrez d’anxiété généralisée, mais à vous désormais de l’essayer ! 

Références bibliographiques 

American Psychiatric Association. (1994). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (4e éd.). Washington, DC : Auteur.

Brennstuhl, M. (2019). 35. EMDR et anxiété. Dans : Cyril Tarquinio éd., EMDR (pp. 477-484). Paris: Dunod. https://doi.org/10.3917/dunod.tarqu.2019.01.0477″

Gauvreau, P., & Bouchard, S. (2010). Indications préliminaires de l’efficacité de l’EMDR dans le traitement du trouble anxieux généralisé. Journal of EMDR Practice and Research, 4(4), 47-62.

Shapiro, F. (1989). Eye movement desensitization: A new treatment for post-traumatic stress disorder. Journal of Behavioural and Experimental Psychiatry, 20, 211 – 217.

Shapiro, F. (1995). Eye movement desensitization and reprocessing: Basic principles, protocols and procedures. New York : Guilford Press .